Danielle 66

 

A la voir comme ça, on lui donnerait le Bon Dieu sans confession (SAPPE), et pourtant, Danielle m’en a fait voir!!!

 

 

Ce fut d’abord un questionnement long, douloureux. Coudre ou ne pas Coudre Burda? Danielle ou une autre? Pour l’hiver ou pour l’été? Tweed ou velours?

Vint ensuite l’heure des Choix, forcément poignants. La choisir Elle, c’était renoncer à toutes les autres.

Enfin elle fut l’Elue…

 

Je passe rapidement sur l’impression des 29 (29!) pages de patron, et sur le rouleau de scotch et l’heure consacrés à la réunion des différentes pièces du puzzle.

 

Cette légère frustration n’était rien bien sûr face au dépit qui m’a saisie lorsque je me suis mesurée des pieds à la tête pour découvrir que grosso modo, pour éviter toute Pincepoitrine issue, je devais découper la taille 44. J’ai mis plusieurs jours à m’en remettre.

Un soir d’enthousiasme, j’ai enfin résolu d’épingler le patron et de couper le tissu, puis je me suis plongée dans les instructions.

Le début de la robe a été poussif, voire même laborieux (et la suite et la fin aussi, d'ailleurs). En effet, j’ai tout cousu assez rapidement, et solidement – piqures (depuis 1990, anciennement piqûres), surpiqures (depuis 1990, anciennement surpiqûres) et surjet - mais mal. Le premier après midi, j’ai vu que j’avais assemblé le corsage devant aux jupes arrières, et inversement. J’ai donc passé le second après midi à tout découdre (avez vous déjà essayé de découdre des points de 2mm dans du tweed chiné??? Je précise que pour une fois, j’avais réussi à trouver un fil parfaitement invisible sur mon tissu…) (voilà qui éclaire mieux désormais le sens de l’expression “en découdre”…).

L’erreur suivante eut lieu en fin de soirée, à l’heure où les Lutins hurlent leur faim en dépit du passage imminent du Marchand de Sable. J’ai voulu finir d’assembler la parementure, que j’ai, là aussi, très solidement cousue à l’envers (c’est à dire envers contre endroit, si vous me suivez…

Lorsque j’eus tout décousu et tout recousu, avant le passage tant redouté de la fermeture éclair, je ne pouvais déjà plus voir ce sale tweed en peinture. J’ai quand même voulu essayer ce squelette de robe, qui ressemblait à une nappe et ne me disait rien qui vaille. En effet, à ce stade, c’était un vrai sac à patates.

Je m’attendais à souffrir mille morts avec la fermeture invisible qui, en fait, s’est très bien comportée. Il m’a pourtant fallu la découdre elle aussi. En effet, ayant considérablement rétréci entre la prise des mesures et l’essayage, je flottais dans une robe informe.

J’ai d’abord supprimé 2 cm à chaque couture latérale. La robe était toujours immense. Il fallait donc agir au milieu du dos, sous peine de réduire trop les emmanchures et de ne plus pouvoir adapter les manches ou passer les bras.

A ce stade, j’étais convaincue que Danielle serait hideuse, et surtout j’en avais ras le bol. J’ai attrapé le surplus de tissu de chaque côté de la fermeture, je l’ai mesuré à la louche (7cm de chaque côté à peu près), et comme j’ignorais tout de la manière de procéder, j’ai tout bonnement coupé à main levée le long de la fermeture éclair.

J’ai réussi à la reposer à peu près bien, et j’ai essayé la robe qui était maintenant mieux ajustée. Dans mon enthousiasme, j’ai posé une manche et mes pires craintes ont été confirmées, ça faisait vraiment nunuche (ingénument bouffant, en tweed en plus, ridicule…).

 

Danielle

 


J’ai alors cru que cette robe était définitivement ratée, ce qui m’a plongée dans une crise existentielle douloureuse (à quoi bon coudre, c’est toujours moche, la vie vaut-elle vraiment la peine d’être vécue dans un sac en tweed etc…).

Le lendemain, décidée à vider la coupe (qui était pleine) jusqu’à la lie, j’ai tout de même posé la seconde manche, bâclé l’ourlet, replié le tout, et plongé au fond de mon lit pour y cuver mon désespoir.

Au réveil, par acquit de conscience, j’ai voulu essayer mon oeuvre…pour découvrir que dans la nuit, la vessie s’était transformée en lanterne, la citrouille en carrosse, la grenouille en princesse…Danielle était superbe!

 

Danielle 1

 

Danielle en tweed de chez Cousette, souple et doux à la fois, mais un peu glissant à coudre (dur dur pour les plis…)

 

Danielle 2

 

Bien sûr, Danielle n’est pas parfaite. Mes magouilles avec la fermeture éclair l’ont laissée légèrement décentrée. La ceinture côté gauche est un peu décalée par rapport à la droite. Enfin, j’ai eu bien du mal à faire des finitions propres à l’endroit de la jonction haut de fermeture/ parementure.

 

Profil

Une fois encore, la chute de reins n’est pas aussi creusée qu’il aurait fallu.

 

Décolleté

Le décolleté, en revanche, est bien réussi.

 

Manches

Les manches-godiche sont en fait ce qui fait le charme du modèle, finalement…

Ce qui m’étonne aussi, c’est que cette Danielle est relativement polymorphe. Un simple changement de gilet lui donne des personnalités très différentes:

 

Cache coeur

 

Classroom friendly avec un cache coeur rose…

 

Boléro

Nocturne avec un boléro noir (et encore, je n’ai pas mis de collants noirs, voire même de bas résille, ni d’escarpins rouges…).

 

Cette robe a été réalisée dans le cadre des Championnats de France de Danielle 2012. Vous pourrez voir les différentes concurrentes sur les blogs suivants:

- Lou et Jo

- L'atelier clandestin

- Dans le dressing de mes p'tits titis

- Ty Florian

- A tout petits points

- Mes marionnettes

- Sophie N'Co

- L'Usine de Capucine

- La clé des champs

- Ptites sapes