Je suis belle, ô mortels! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles:
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles!

Charles Baudelaire

 

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Le Lutin, lui, s’en tamponne pas mal le coquillard, du poète éplorée au service d’une Muse impavide. La Beauté, pour lui, s’incarne dans la figure d’une remorque agricole.

Bien sûr, il aime aussi les tracteurs, les objets volants, avions, hélicoptères, deltaplanes, montgolfières, les véhicules en tous genres à commencer par les motos, les bus, les camions, les camping cars et les caravanes.

Je précise que cette esthétique lui est venue le plus naturellement du monde, alors même qu’on s’efforçait par tous les moyens imaginables de ne laisser aucune prise aux stéréotypes ordinaires les plus sexistes et rétrogrades (le pauvre a même dû porter les bodies petit bateau rayés rose à croquet de sa soeur,d’ailleurs).

 

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Bref, je sais qu’une interprétation pseudo freudienne du phénomène a été proposée (l’être de genre masculin, dans son infinie volonté de puissance, souhaite imprimer au monde qui l’entoure le mouvement interne de ses affects frustrés et dès lors, s’imagine se propulsant – toutes les analogies scabreuses sont ici les bienvenues – à une vitesse vertigineuse, FENDANT le monde tel une épée de lumière, blabla, dès lors l’invention de la roue, et caetera), mais elle ne me satisfait pas entièrement.

Il n’en reste pas moins que le Lutin a des vibrations tendres dans la voix quand, au bord du sommeil et rêvant déjà,  il dit, avec une conviction touchante “Elle est BELLE, la remorque”.

 Lutin!

 

Non, vous ne rêvez pas, mon fils s’endort chaque soir en serrant sa remorque lego contre son coeur.

Pour expliquer les positions esthétiques de ma fille, en revanche, il faut invoquer les gender studies qui postulent que l’être de genre féminin, lui, a vocation à servir d’objet de prédation (relire René Girard, Mensonge Romantique et vérité romanesque) et donc développe naturellement des dons de potiche conformes à ce rôle.

 

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Un test en direct, j’appelle la Créature et je recueille ses impressions sur cette image: “j’aime bien voir une princesse comme ça”, me dit-elle. je lui demande pourquoi “ben pasque j’ai une maladie avec les princesses” (intéressant…)

 

Dès lors, vous aurez compris où je veux en venir, la Petite Créature devient regardante sur ses vêtements le matin.

A gauche sa garde robe telle que je la conçois, à droite des vêtements selon son coeur.

 

PicMonkey Collage PicMonkey Collage 2

  

Terrible, hein, la doudoune en plastique écarlate!

Pour vous donner une idée de l’étendue du problème, voici, après une énième razzia Petit Bateau Bradé, le Butin que je rapporte: du gris, du bleu, du blanc.

 

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C’est dur, pour une princesse.

 

Robe rose 

 

Je pense avoir trouvé un compromis acceptable en la personne de cette chemise de nuit Ottobre ( 1/2012).

 

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Jersey velours barbapapa Petit Bateau de provenance oubliée (mais mon Guru doit s’en souvenir, c’est elle qui m’avait alertée – j’en ai aussi du bleu et du noir…)

 

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Au début je voulais lui adjoindre le petit col gris que Miss Grain de Sel a crocheté, mais maintenant il me semble que ça serait du gâchis, pour une chemise de nuit. Même sans, la Petite Créature a été enchantée, elle m’a dit qu’elle se sentait “une princesse magique comme le livre”.

 

Robe

 

(Une princesse, ça danse, comme on sait)

 

Robe 2

 

 

(ou alors ça tient sa robe…je vous jure que personne ne lui a jamais appris, pfff….)

 

Rober

 

(Et bien sûr, ça ne porte qu’une pantoufle de vair; l’autre n’est pas sous un meuble à prendre la poussière comme on pourrait le penser, mais entre les mains d’un ténébreux prince Greenlandais qui ne manquera pas de venir nous demander sa main, je pense…).

 

pantoufle