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A peu près à la même époque, nos affaire prirent une meilleure tournure. Les “modèles de Paris” eurent beaucoup de succès et bientôt une nouvelle ouvrière fut engagée pour faire face à la demande. Ma mère ne passait plus son temps à courir de porte en porte: la clientèle affluait à présent dans nos salons. Le jour vint où elle put annoncer dans les journaux que, désormais, sa maison, “par arrangement spécial avec M. Paul Poiret” allait assurer la représentation exclusive, “sous la supervision personnelle du maître”, non seulement de chapeaux, mais encore de robes. Une plaque fut clouée à l’entrée avec les mots “Maison Nouvelle, Haute Couture de Paris”, gravés en français, en lettres d’or. Ma mère ne faisait jamais les choses à demi.

 

 

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A ce début de réussite, il manquait un élément de transcendance, de merveilleux, un deus ex machina qui viendrait transformer notre premier succès en une victoire définitive et écrasante sur l’adversité. Assise sur le petit divan rose du salon, les jambes croisées, une cigarette oubliée aux lèvres, son regard inspiré suivait dans l’espace un projet hardi, cependant que son visage prenait peu à peu cette expression que je commençais à connaître si bien, un mélange de ruse, de triomphe et de naïveté. J’étais tapi dans un fauteuil en face d’elle, mon gâteau au pavot à la main, légitimement acquis, cette fois.Parfois, je tournais la tête dans la direction de son regard, mais je ne voyais jamais rien. Le spectacle de ma mère faisant des projets était pour moi quelque chose de fabuleux et de bouleversant. J’en oubliais mon gâteau et je restais là, bouche bée, débordant de fierté et d’admiration.

 

 

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Je dois dire que, même dans une petite ville comme Wilno, dans cette province ni lituanienne, ni polonaise, ni russe, où les photographies de presse n’existaient pas encore, la ruse que ma mère imagina était singulièrement osée et eût fort bien pu nous expédier une fois de plus sur la grand route, avec notre baluchon.

 

 

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Bientôt, en effet, un faire part informait “la société élégante” de Wilno, que M. Paul Poiret lui-même, venu tout spécialement de Paris, allait inaugurer les salons de “Haute Couture Maison Nouvelle”, 16, rue de la Grande-Pohulanka, à quatre heures de l’après-midi.

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Je lisais donc Les Promesses de l’aube dernièrement lorsque j’ai enfin réalisé que moi aussi, je peux faire fortune en imitant des modèles de Paris. Après tout, les modistes, ça ne court pas les rues en Vert Pays.

 

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Mon apprentie et moi-même avons donc jeté notre dévolu sur la robe “Ankara” de chez Erès, laquelle avait été l’objet, comme on sait, de ma dernière séance d’espionnage industriel (pour mémoire, rappelons qu’ils ne s’embêtent pas, chez Erès…deux rectangles de tissu dont l’un froncé sont joints l’un à l’autre et surjetés sur le côté; pas d’ourlet; c’est fini) (et d’ailleurs en vrai elle est moins classe que sur leur site de VPC: 96143855  zavévussa?)

 

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Je ne suis pas mécontente du résultat obtenu…

 

 

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…mais la robe n’est pas terminée, il faut encore fixer le buste à la jupe et décider quelle longueur lui donner ( longue ou midi?) (vous feriez quoi à ma place?).

 

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En attendant de faire fortune avec nos Modèles de Paris, on a aussi cousu utile.

 

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Pour la fille de mon apprentie, une Marie en chambray bleu et biais argenté.

 

 

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Le biais d’encolure a été allongé et les fronces réduites, mais à part ça ce modèle 14 ans a été obtenu à partir de la taille 8 ans de Citronille. Si, si.

 

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Si vous ne me croyez pas, regarder donc ce document faisant foi. Du huit ans, je vous dis, sur mon apprentie qui met du 38.

 

 

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Pour le Lutin, trois bermudas-minute du Joyeux Fait Maison.

 

 

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De gauche à droite, en molleton gris et mou, en jean baggy et rigide, et en gabardine court et ajusté.

 

 

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J’aurais vraiment voulu imiter l’incroyable exploit bermudesque de Mape, mais la force m’a manqué, et puis ce modèle élastiqué va encore bien pour un deuzan, il sera toujours temps l’an prochain d’entreprendre les braguettes et compagnie…

 

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Bon, vous avez compris le principe, hein, je n’ai pas photographié celui en jean, mais c’est le même.

 

 

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Ce n’est pas parce que je suis sur le point de devenir une modiste réputée que je n’ai pas le temps de cultiver mon jardin.

 

 

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Notre sous-bois privatif est enfin pourvu d’un hamac où l’on peut savourer des vodka-sauge.

 

 

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La vodka-sauge n’est autre qu’une infusion de sauge glacée avec jus de citron et vodka…

 

 

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…ça aide à patienter le temps que les confitures prennent…

 

 

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…ou que les tomates poussent.

 

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Navrée pour ceux que ça ennuie, mais chaque année c’est la même chose, je suis ébahie devant Dame Nature.

 

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Ces deux photos ont été prises à huit jours d’intervalle, non mais vous avez vu comme ça a poussé???

 

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Au point où j’en suis je pourrais tout aussi bien vous montrer mes rosiers (Elz, c’est bon, tu peux passer ton chemin, ça va plus t'intéresser à partir de maintenant...)

 

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Celui qui a plus de 150 ans et fait 5 m de haut a fait un truc marrant cette année…

 

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…il a carrément poussé à travers le toit de l’atelier.

 

 

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On le voit mieux sous cet angle…

 

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Mais bon, c’est pas tout, ça, je n’ai pas de temps à perdre, il faut encore que je fasse fortune (et non, vous ne rêvez pas, c’est bien Paul Poiret et ses petites mains qui descendent du train, sur la photo).